Programmes d'examens

 


  Auparavant, les instructeurs se souciaient peu de l’aspect pédagogique ou attractif des entrainements qui   consistaient principalement à répéter inlassablement une ou deux techniques. C’était une manière de former « le   mental ».

  De même, les programmes d’examens étaient réduits et immuables :

  • En kihon, à une simple liste de techniques uniques
  • En kumite, souvent à un exercice de base d’ippon kumite
  • Et d’un kata.

  Aujourd’hui les techniques et méthodes d’entrainement ont fort évolué. La création de l’académie en 1989, à   l’initiative de Dirk Heene par Maitre Kasé n’y est pas étrangère. En effet, les nombreux stages organisés dans le   cadre de l’académie ont permis à beaucoup de karatekas européens de se rencontrer et de s’instruire auprès de   maîtres de grande expérience que sont les maitres KASE et SHIRAI.

  Cependant, malgré ces évolutions, je m’étonnais que les programmes d’examens ne suivent pas l’évolution   technique. Dès lors je me suis trouvé dans une position inconfortable, lorsque je devais examiner mes élèves en   les soumettant à des tests en totale inadéquation avec les techniques pratiquées aux entraînements. L’idée m’est   alors venue d’adapter les programmes d’examens aux techniques pratiquées dans nos stages. Pour atteindre ce   but il m’a fallu rendre les programmes plus denses et plus détaillés.

  Dans certaines fédérations, il est demandé aux candidats qui se présentent à un examen Dan supérieur de   présenter « un travail ». Je me disais également que si un jour maître Kase devait me demander un travail de ce   genre, j’aurais pu lui présenter mes programmes d’examens Kyu qui n’existaient pas dans l’académie.   Cependant, maître Kase me prit de vitesse car lors d’un stage à Luxembourg, en février 1998, alors que je ne m’y   attendais pas, il m’invita à présenter mon 6ème Dan. J’étais fort surpris et, malgré tout, un peu déçu car bien que   les programmes étaient créés, je ne devais pas présenter de travail.

  Ainsi, chaque grade se compose de 7 points (cfr programmes). Chaque grade est caractérisé par une idée   maîtresse, une technique spécifique autour de laquelle sont développés les exercices de kihon et de kumite.
  La partie kata de chaque grade comporte les 4 formes : omote, ura, go et bunkai. Cette dernière forme peut, au   sein des clubs, stimuler le travail en équipe (l’esprit de solidarité). Le dernier point « mental » indique aux jeunes   quelques règles « morales ». En effet, transmettre des valeurs éducatives est une des qualités essentielles du   karaté-do traditionnel. L’ensemble des programmes forme ainsi un éventail de techniques qui peut servir de   méthode d’entraînement aux instructeurs.

  Aujourd’hui je prends conscience de la qualité des maitres que j’ai eu la chance de fréquenter pendant des   années. Ces maitres-là, qui sont nés avant la dernière guerre mondiale et qui ont eux-mêmes reçu   l’enseignement des pionniers du karaté, il n’en reste plus beaucoup. N’oublions pas que le karaté moderne n’a   vraiment commencé que vers les années 1920. J’ai tâché de mettre dans ces programmes d’examens   l’expérience que j’ai acquise au cours de plus de 40 années de pratique.

  Les grades et les passages de grades

  Bien qu’il soit naturel de vouloir progresser et de monter en grade, il ne faut pas en faire une course effrénée.  Au   niveau du club, nous organisons plusieurs passages de grades par saison. Pour être invité à s’y présenter il faut   réunir différentes conditions, notamment :

  - connaître le programme complet du grade à présenter
  - avoir suivi avec suffisamment de régularité les entraînements et totaliser un nombre suffisant de cours.
  - pouvoir réaliser les techniques des programmes (kihon, kumite, kata, bunkai) avec efficacité.

  Les programmes qui vous sont proposés ont été longuement pensés et sont le fruit de l’expérience que j’ai   acquise après près de 40 ans de pratique sous la direction de maîtres japonais réputés. Ils font intervenir la   grande majorité des techniques du karate-do traditionnel. Ces programmes sont également d’application dans   les clubs de la BKSA.
  Un grade est la reconnaissance donnée à un pratiquant :
  - de ses connaissances techniques (programme),
  - de sa capacité à exécuter les techniques correctement et avec efficacité,
  - de sa progression et de son attitude (régularité, persévérance, goût de l’effort, respect,…).                            

  Voici, ci-dessous, un article que j’écrivais dans la revue nr. 4 du club à Schaerbeek en décembre 1989 !

  «  Comme en chaque début de saison, de nouveaux visages ont fait leur apparition au sein de notre club. Les motivations   qui les ont amenés à pratiquer le karaté sont diverses. Bien vite, le débutant s’aperçoit que l’étude de cet art martial est   liée à un système de grades. Tout normalement, l’obtention d’un grade supérieur va devenir un objectif, une autre   motivation. Il est cependant capital de ne pas y attacher une importance exagérée ; cela ne peut devenir un but en soi.

  Mais tout d’abord, comment sont organisés les grades ?
 

 

                               

  Ceux-ci sont appelés KYU ; ils débutent au 9ème KYU et décroissent jusqu’au 1er KYU qui est le dernier grade avant la   ceinture noire dont le premier grade est le 1er DAN, puis 2ème DAN, etc. … Il est intéressant de noter l’évolution des   couleurs liées aux grades ; ainsi, la ceinture blanche pour débuter, puis jaune, orange, verte, bleue et marron.   Auparavant, au Japon, il n’existait que deux couleurs de ceinture, blanche et noire. Avant la ceinture noire, on était   considéré comme débutant.


  Certains s’imaginent tout savoir lorsqu’ils passent ceinture noire et parfois abandonnent par manque de motivation. En   fait, arriver à cette ceinture pourrait être comparé à connaître l’alphabet… Il ne reste plus qu’à apprendre à former   d’abord des mots, puis des phrases et enfin un texte. C’est dire le chemin qu’il reste à parcourir.


  La multiplication des ceintures permet au pratiquant de se situer dans son évolution mais est surtout une source   d’encouragement pour poursuivre les entraînements. Cependant, le fait d’être amené à « récompenser » le pratiquant par   des ceintures de couleur intermédiaire prouve que beaucoup de gens manquent de persévérance.


  Dès lors, il va sans dire que le problème de l’examination est très délicat ; en effet, juger une personne afin de lui octroyer   un grade supérieur est loin d’être chose aisée d’autant qu’il faut tenir compte de deux aspects que j’estime inséparables :   technique et moral.


  Si l’on considère d’abord la technique, on dira qu’elle est valable si elle est efficace, c’est-à-dire, juste et effectuée avec   suffisamment de vitesse et de force (KIME). Or, force et vitesse sont des réalités bien difficiles à évaluer. D’autre part,   juger un karateka dans son développement moral, spirituel est encore plus malaisé.

  Dès lors, comment vais-je procéder ?

  Pour commencer, il faut bien savoir qu’un grade est la reconnaissance d’un certain niveau technique et il ne se gagne pas   en une demi-heure d’examen mais bien tout au long des entraînements qui ont précédé. De même, l’attitude mentale d’un   pratiquant durant le cours est primordiale. Il faut s’entraîner sincèrement, en donnant le meilleur de soi sans craindre la   fatigue musculaire. L’efficacité d’une technique n’est possible que si elle est réalisée avec conviction. Tout comme un   artiste peintre ou un musicien ne peut réaliser son art sans les conditions intérieures requises, de même, en karaté, il faut   arriver à ce que la technique soit accomplie avec un mental juste, entier et sincère.


  Par conséquent, les critères de jugement sont nombreux mais proviennent principalement des :
  - critères physiques : la technique correcte, force, vitesse, endurance
  - critères moraux : concentration, expression, volonté, persévérance, régularité, respect de l’adversaire… De plus, ils   doivent être individualisés, c’est-à-dire que je tiendrai compte des capacités physiques, de l’âge, de la progression de   chacun et de chacune. Un grade n’a de valeur que si la personne qui le possède prouve de par son attitude, son   comportement qu’elle le vaut réellement. Elle doit être un modèle, un exemple pour les plus jeunes. »